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Kinshasa

Bras de fer frontal

Dire que personne ne s’attendait à ce qui arrive au sommet de l’Etat, entre le Fcc et le Cach, c’est faire preuve de trop de bonne foi. C’était ignorer la nature des composantes de cette coalition. Surtout, c’est oublier le fond de vraies aspirations.  

Le Chef de l’Etat a décidé de foncer. Et pour ce faire, il a décidé de jeter le puzzle pour le refaire à son goût. Avec quel moule ?

Sous les applaudissements de ceux qui veulent le voir ne pas reculer devant aucune règle, fusse-t-elle constitutionnelle. . Même devant la loi suprême, semble-t-il, ne peut pas résister devant « l’intérêt du peuple ». S’il n’affronte pas directement la Constitution, il crée des astuces inconstitutionnelles pour la contourner. Pour ce faire, il a compté énormément sur les réserves du Fcc. Finalement, la plate-forme de Joseph Kabila s’est vue enfermée dans « la peur de qu’en dira-t-on ».Pendant ce temps, l’Udps se permet tout, au nom du peuple dont il serait le porte-parole.  Le discours de l’Udps, relayé par le Chef de  l’Etat, a enfoncé le bouchon en accusant le Fcc de vouloir bloquer Fatshi.  Une curieuse façon de dire que le Fcc non seulement n’aurait aucun intérêt dans la bonne marche du pays, mais aussi, ils seraient congénitalement incapable de faire du bien. Ce discours ne pouvait se tenir et se justifier, que dans une philosophie inconstitutionnelle selon laquelle, c’est l’Udps qui aurait tout le pouvoir et qui aurait par pitié, associé le Fcc. On ne peut comprendre autrement les appels à la fin de la coalition. Car, en fait, pour l’Udps, le perdant, en cas de la séparation, c’est le Fcc. Pas étonnant que ce discours, dernièrement rappelé de la manière la plus officielle, par Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Udps : « C’est parce que nous sommes dans la coalition que ces gens sont encore là pendant que le peuple n’en veut pas… ». C’est donc l’Udps qui accorderait le droit de vie et de mort aux Congolais ! Ce serait cela la compréhension d’avoir le pouvoir. Par conséquent, l’Udps n’est tenu par aucune loi.  En conclusion, selon les enseignements de l’Udps, le Fcc est allé dans la coalition en vue de se mettre sous la protection de l’Udps. Et les dirigeants de ce parti politique ne ratent aucune occasion pour brandir la menace d’appuyer sur ie bouton afin de faire sauter cette protection. Kabund n’y est pas allé par le dos de la cuillère en demandant aux dirigeants du Fcc d’apprendre à nager. C’est une façon de se souvenir de l’expérience de Kitenge Yezu et autres mobutistes qui avaient traversé le fleuve pour trouver le chemin d’exil à partir de Brazzaville. Etait-ce un discours pour amuser la galerie. On avait eu tort de le croire. Tort de tout prendre à la légère.

Un environnement irréel avait été créé. En politique, tout compte. Un dicton de chez-moi, dit, même contre un serpentau, il faut s’armer d’un solide bâton.

Après avoir créé dans ses militants ce sentiment de puissance, au point de faire douter certains militants du Fcc, l’Udps-parti-Etat pense la majorité parlementaire peut être balayée d’un revers de la main, parce que composée du Fcc (qui serait désavoué par le peuple). On connaît des ministres du quota Fcc qui ont commencé à avoir un pied dedans, un pied dehors. La grosse injustice subit par Célestin Tunda Ya K asende – geste voulu par Fcc comme preuve de volonté de cohésion au sein de la coalition – a été interprêté à l’Udps, comme signe de faiblesse. Les faibles d’esprit (politiquement) du Fcc sont passés de la simple peur à la peur-panique. Car, ils se disent être devant un président tout puissant entre les mains duquel se reposait l’avenir politique de tous les Congolais.

Après les illusions du pouvoir, l’Udps est passé au montage, pièce par pièce, de vrais instruments du pouvoir, quitte à énerver la Constitution et les lois du pays. Quel est le pouvoir qu’il pouvait s’offrir facilement ? Impossible de s’offrir une majorité parlementaire. Et pourtant, c’était l’idée qui traversait et traverse encore les militants lorsqu’ils exigeaient à cor et à cris, la dissolution de l’Assemblée nationale. Devant les difficultés d’atteindre ce but, on passe par des aménagements pour parler de la requalification de la majorité, … Car, pour eux, devant la toute-puissance du Chef de lEtat, l’arbitraire faisait force de loi. Sans peur du ridicule, dans les milieux de l’Udps, on compterait sur la force qui reposerait,  en plus de la majorité soi-disant populaire, sur la majorité (tribale) au sein de la magistrature. Le tout sous le manteau de « l’Union sacrée de la nation ». Aucune voie conctitutionnelle pour y arriver.  On n’ose pas le dire clairement, il s’agit d’une majorité tribalo-ethnique. De notoriété publique, une tribu de la Rdc, depuis Mobutu, aurait la majorité des magistrats dans les cours et tribunaux. Ceux qui en doutaient s’en rendent de plus en plus compte. La démission, à la manière hollywoodienne, de Bénoît Luamba, a mis à nu le processus qui aboutit actuellement à la prestation de serment des juges de la Cour constitutionnelle. Une prestation de serment dans un forcing que ne peut expliquer que le besoin d’un contre-poids inconditionnel. Visiblement, le pouvoir judiciaire est construit pour permettre au Chef de l’Etat de se passer des barrières constitutionnelles. Une fois la Cour constitutionnelle sous les ordres, le refrain selon lequel « Quiconque constaterait une violation de la Constitution devrait s’adresser à la Cour constitutionnelle,  devient un vrai piège. E n ce qui est de la situation à la base de la crise actuelle, aller à la Cour constitutionnelle, c’est en faire juge et parti. C’est comme le Chef de l’Etat, arbitre qui doit arbitrer un conflit dont il est parti.

PG

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